1936 haute loire

"Seule la construction de l’outil syndical et du rapport de force permet d’obtenir et de maintenir des avancées sociales. Ce sont toujours les humains qui font l’histoire." Raymond Vacheron

Nos premiers congés payés acquis datent de 90 ans !

Croire qu’avant tout était possible, tout était facile ne correspond pas du tout à la réalité.

La crise économique, suite au krach boursier aux Etats-Unis en 1929, entraîne un chômage de masse et une chute des revenus dans le monde, notam-ment en France. La crise poli-tique ronge la 3e République. En 4 ans, entre 1932 et 1936, 11 gouvernements vont se suc-céder, certains ne dureront que quelques jours. La division de la gauche politique et du syndica-lisme est à son paroxysme.

L’extrême droite, en plein développement, se nourrit du racisme, surtout de l’antisémitisme et de l’antiparlementarisme.

Dans cette situation, soutenue par une large partie du patronat, Hitler accède au pouvoir en janvier 33 en Allemagne. Le 6 février 1934, au cri de « à bas les voleurs ! » les divers groupes d’extrême droite marchent contre l’Assemblée nationale.

La violence se déchaîne, la police tire, on comptera 18 morts et des centaines de blessés. Le mouvement ouvrier prend peur, et si après l’Allemagne c’était le tour de la France de tomber dans les mains de l’extrême droite ? Six jours plus tard, le 12 février, tout bascule. Les deux CGT divisées depuis 1921 appellent à une grève générale de 24 heures. Les partis de gauche d’une façon séparée, appellent à des manifestations. Des foules considérables se rassemblent et les cortèges partis séparés se regroupent aux cris de « unité, unité ! ». La base a imposé l’unité face à la peur du fascisme.

Les deux CGT se réunifient. Les partis de gauche, socialiste, communiste et le Parti radical construi-sent le rassemblement populaire qui débouche le 3 mai 1936 sur la victoire électorale du Front populaire (notons que seuls les hommes ont droit de vote).

Léon Blum désigné comme Premier ministre doit attendre un mois avant de prendre ses fonctions. L’espoir a changé de camp. Encouragés par cette victoire électorale comme par l’unification syndicale, les salariés n’attendent pas pour agir. A partir de la mi-mai des grèves avec occupation des lieux de travail s’étendent dans tout le pays.

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Photo : Les familles des cheminots CGT de Langeac devant leur char fleuri pour la fête de la Saint-Gal de 1936

Le 7 juin les représentants du patronat et de la CGT négocient sous l’égide du gouvernement et signent les accords dits de Matignon prévoyant des augmentations de salaire, l’absence de répression suite aux grèves et la reconnaissance du fait syndical dans l’entreprise. Le gouvernement fait voter les lois sociales sur les 40 h, les 2 semaines de congés payés, la reconnaissance des accords et conventions collectives ainsi que la mise en place de délégués dans les entreprises de plus de 10 salariés (mais aussi le recul de l’âge de la scolarité à 14 ans, la nationalisation de l’industrie de l’armement et plus tard, la nationalisation des compagnies ferroviaires avec la création de la SNCF).

Et la Haute-Loire ?

Les mobilisations commencent ici quand la reprise est amorcée au niveau national.

La première grève commence aux établissements Barbet à Brioude le 10 juin, une chaudronnerie qui emploie 160 salariés. L’usine est occupée. La direction cède immédiatement la reconnaissance des délégués, le paiement de la pose casse-croûte, la majoration des heures supplémentaires, le paiement des heures de grève et une majoration de 7 %.

Sitôt la reprise votée, la grève démarre dans la scierie Chambriard. Après 4 jours de grève, les salariés obtiennent 32 % d’augmentation.

Les conflits s’enchaînent à Sainte Florine, au Puy et même dans l’est du département.

Dans le bassin ponot la grève du bâtiment est générale pour obtenir 15 % d’augmentation. « À 13h30, boulevard Saint Louis, on se croirait au départ d’étape du tour de France. Les grévistes désignés pour aller au Monastier faire débrayer leurs collègues enfourchent leur vélo… ».

15 entreprises de fabrication de galoches font grève et 2 ateliers sont occupés. Le syndicat de la dentelle appelle à la grève qui débute en août. 400 salariés vont restés mobilisés jusqu’à ce que l’accord soit trouvé 3 semaines plus tard.

Dans l’est du département à Dunières, les employeurs de la métallurgie, chez Vial ou aux usines de cycles Valla-Massardier et Reviron, concèdent 10 % de revalorisation suite à une menace de grève.

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Photo : Piquet de grève en 1936 chez Fontanille au Puy

La naissance d’un syndicalisme de masse

Le syndicalisme existait avant 1936. Les mineurs furent les premiers à adhérer à la CGT en 1902, sept ans après sa création. En 1936 les syndiqués sont nombreux chez les mineurs, les enseignants et les cheminots. Mais l’industrie et le bâtiment sont des déserts syndicaux.

En plus des acquis sociaux, les mobilisations de 1936 ont fait naitre un syndicalisme de masse interprofessionnel. En janvier 1937, la CGT du département compte 4 650 adhérents dont 1 000 mineurs, 800 enseignants, mais aussi 463 adhérents dans le bâtiment.

En 1940, le gouvernement de Vichy interdit les syndicats mais cette génération militante va en partie participer à la Résistance et, surtout à la Libération, à la reconstruction d’organisations interdites et obtenir de nouvelles conquêtes comme par exemple la sécurité sociale.

Toutes les conquêtes sitôt obtenues sont remises en cause par les mêmes qui ont été obligés de les concéder. Seule la construction de l’outil syndical et du rapport de force permet d’obtenir et de maintenir des avancées sociales. Ce sont toujours les humains qui font l’histoire.

Raymond VACHERON

Article complet à lire dans la Revue d'Histoire Sociale de Haute-Loire N° 17 en vente à la CGT 43

Source : Solidaires juillet 2026